Présentation de la base commune – Léon Deffontaines

Nous avons lancé notre processus de congrès en début d’année. Comme nous en avons largement débattu, le calendrier choisi était le seul possible compte tenu de nos statuts, mais aussi des évolutions du monde et des prochaines échéances électorales. Pour autant, je tiens à le dire ici : comme vous l’imaginez, ce calendrier a compliqué le travail de la commission texte.

Malgré cela, nous sommes parvenus à travailler collectivement du mieux possible. Je tiens, devant le Conseil national, à remercier l’ensemble des membres de la commission qui, parfois en étant candidats, cadres de leur fédération, et avec quelques aléas de santé venant s’ajouter à des agendas déjà très chargés, ont su brillamment répondre au mandat fixé par le CN. Je tiens également à m’excuser auprès des membres du CN pour l’envoi tardif de cette proposition de base commune.

Mais compte tenu des délais, et de la nécessité d’intégrer un bilan des élections municipales dans le texte, nous n’avons pas été en mesure de vous l’envoyer avant mercredi. Je remercie par ailleurs l’ensemble des camarades du CN ayant pris le temps de lire le texte et de nous faire parvenir leurs amendements.

J’en viens désormais à la présentation de la base commune.

Le 40ᵉ congrès du Parti communiste français s’inscrit dans la continuité des orientations définies lors de nos précédents congrès. Le texte du 38ᵉ congrès, « Manifeste du Parti communiste », portait l’ambition de rendre à nouveau visible notre parti dans le débat public. Celui du 39ᵉ congrès,« L’ambition pour de nouveaux jours heureux », a permis de renouveler notre projet et de préciser nos propositions.

Avec « Un communisme de conquêtes », il s’agit aujourd’hui de franchir une étape décisive : affirmer le rôle central du PCF dans la conquête des pouvoirs par le monde du travail. Volontairement, ce texte d’orientation ne reprend pas l’ensemble des travaux du précédent congrès. Il se veut un texte de visée, fixant des priorités politiques et stratégiques, et donnant mandat à la future direction nationale pour mettre en œuvre ces orientations d’ici le prochain congrès. Il ne s’agit pas, dans ce cadre, de rouvrir l’ensemble des débats déjà tranchés lors des précédents congrès. Ce texte a vocation à s’appuyer sur les acquis existants et à être complété par les productions du parti, qui constituent des contributions essentielles à l’élaboration et à la mise en œuvre de notre projet.

Nous avons fait le choix d’articuler notre texte en trois grandes parties afin d’en faciliter la lisibilité : une première partie consacrée à l’analyse, une deuxième aux trois combats que nous jugeons structurants pour les années à venir, et enfin une troisième dédiée à la mobilisation et à l’organisation du parti.


Partie 1

Conscients de la nécessité d’analyser les évolutions des rapports de force dans le monde pour comprendre ce qu’il se passe en France, nous avons fait le choix de débuter par une analyse de la situation internationale.

L’ordre international est traversé par des recompositions majeures, marquées par la contestation de l’hégémonie du dollar et la montée de nouvelles puissances. Les tensions s’exacerbent, tandis que certaines orientations, portées notamment par Donald Trump, illustrent une volonté de maintenir cette domination par la contrainte.

Dans ce contexte, la France apparaît affaiblie. Faute de stratégie indépendante et de moyens à la hauteur, sa voix s’est progressivement marginalisée sur la scène internationale. Ce déclassement est indissociable des choix économiques opérés depuis plusieurs décennies. Les politiques libérales ont profondément fragilisé notre appareil productif, accéléré la désindustrialisation, affaibli l’agriculture et contribué au recul des infrastructures publiques. En privilégiant la financiarisation au détriment du travail et de la production, elles ont aggravé les inégalités, accentué le déclassement des salariés et réduit les capacités du pays à répondre aux défis de notre siècle, en particulier climatique. Cette situation alimente une crise sociale et démocratique majeure. Le recul de la conscience de classe et l’atomisation du salariat nourrissent les dynamiques de repli et favorisent la progression de l’extrême droite. Aucune des réponses politiques existantes ne parvient aujourd’hui à enrayer durablement ce phénomène.

Face à ces défis, « Un communisme de conquêtes » affirme une orientation claire : reconstruire une force politique solidement ancrée dans le monde du travail, capable de rassembler largement les travailleurs et travailleuses, et de recréer une base sociale forte en faisant progresser la conscience de classe.

→ Il s’agit ici d’affirmer le rôle central du parti dans les années à venir.

Sur quel projet pouvons-nous répondre à cette ambition ? C’est à cette interrogation que cherche à répondre la deuxième partie.


Partie 2

Nous avons longuement discuté au sein de la commission de la nécessité de ne pas répéter ce qui a déjà été dit lors du congrès précédent. Aussi, nous avons fait le choix de nous concentrer autour de trois piliers structurants de notre projet.

Tout d’abord, la paix et un nouvel ordre mondial. Nous y réaffirmons la nécessité pour la France de porter une voix de coopération entre les peuples et de défense de leur autodétermination. Nous réaffirmons en conséquence la nécessité de sortir de l’OTAN, de soutenir les peuples en lutte pour leur liberté et de défendre le droit international. Sur l’Europe, nous proposons d’approfondir notre projet d’une union des peuples libres, souverains et associés, en intégrant l’idée d’une Europe à géométrie choisie, garantissant la souveraineté des peuples et ouvrant la voie à de nouvelles coopérations à l’échelle régionale. Par ailleurs, nous interrogeons notre rapport à l’armée, en réaffirmant la nécessité de réorienter ses missions vers un objectif central : la défense nationale. Le rapport entre l’armée et la population ouvre un débat nécessaire sur sa démocratisation et sur la position des communistes concernant le service national. Ce sujet ayant été peu débattu dans nos instances, il est proposé d’ouvrir un débat dans le pays.

Ensuite, nous avons souhaité réaffirmer notre volonté d’une République refondée. Les institutions de la Ve République sont à bout de souffle, épuisées et fragilisées par les deux mandats d’Emmanuel Macron. La crise politique que nous vivons est une crise de régime qui favorise la montée de l’extrême droite, mettant en péril notre modèle républicain. Nous portons l’exigence d’une transformation profonde de nos institutions. Nous refusons le présidentialisme actuel et affirmons la nécessité de redonner toute sa place au Parlement et à la souveraineté populaire. Nous soutenons l’instauration d’une représentation proportionnelle réelle afin que chaque voix compte, ainsi que le développement d’outils de démocratie directe comme le référendum d’initiative citoyenne. La démocratie ne peut se limiter aux échéances électorales : elle doit être un processus continu. Nous défendons également le renforcement des moyens des collectivités locales, dans le respect de l’égalité entre les territoires. Nous affirmons le lien indissociable entre démocratie politique et démocratie sociale. Les grandes orientations économiques ne doivent pas être abandonnées aux seuls marchés financiers. Les citoyens et les travailleurs doivent pouvoir peser sur les décisions, notamment par le développement des services publics, la conquête de nouveaux droits pour les salariés et une maîtrise collective des secteurs stratégiques. Nous plaçons l’égalité au cœur de notre projet. Nous portons une ambition féministe forte, indispensable pour mettre fin aux violences et aux inégalités entre les femmes et les hommes. Nous sommes pleinement engagés dans la lutte contre toutes les formes de racisme, d’antisémitisme et de discriminations, et pour une société inclusive garantissant les droits de toutes et tous.

Nous défendons une politique migratoire fondée sur la dignité, la solidarité et l’égalité des droits.

Enfin, forts du travail du Conseil national et de ses commissions, ainsi que des campagnes menées par le parti, nous affirmons notre projet en faveur d’un nouveau mode de production et du développement des services publics au service du bien commun et de l’émancipation. Dans la continuité des travaux sur le socialisme présentés lors du dernier CN, nous avons fait le choix d’intégrer cette réflexion au texte de congrès. Au-delà du débat sur l’usage du terme, nous avons souhaité le réactualiser et le redéfinir. Le capitalisme, en crise, ne permet plus de répondre aux besoins humains ni de développer les capacités productives. Face à cette impasse, nous affirmons la nécessité d’un dépassement vers le socialisme, conçu comme un processus démocratique d’émancipation porté par le monde du travail. Ce projet repose sur trois piliers : la planification démocratique, la socialisation de la propriété et des coopérations internationales solidaires.


Partie 3

Si la deuxième partie traite du contenu, il s’agit désormais de répondre à la question du « comment ». Nous distinguons ici deux dimensions : les échéances électorales à venir, et la mobilisation ainsi que l’organisation des communistes.

Les élections présidentielles structurent la vie politique pour les cinq années à venir.

Les élections municipales de 2026 ont confirmé une crise démocratique profonde, marquée par une abstention record et une progression inquiétante de l’extrême droite. Si la gauche a résisté, elle reste fragilisée. Les échéances présidentielle et législatives de 2027 seront décisives. Le PCF affirme sa légitimité à porter un projet de transformation sociale, écologique et démocratique, et à proposer un pacte de redressement répondant aux attentes populaires. Le parti se prépare à prendre toute sa place dans ces échéances, y compris en portant une candidature issue de ses rangs, tout en poursuivant le dialogue avec les autres forces.

Enfin, sur l’organisation du parti : nous avons trop souvent tendance à fixer des ambitions sans nous en donner les moyens. Nous proposons donc de donner mandat au CN pour préciser les chemins permettant d’y répondre. Nous réaffirmons le rôle essentiel des cellules. Il est proposé que chaque section identifie au moins un lieu d’activité structurant d’ici le prochain congrès. Nous proposons également de lancer deux campagnes nationales structurantes : l’une sur la paix et l’autodétermination des peuples, l’autre sur la réindustrialisation et les services publics. Enfin, nous appelons à approfondir nos réflexions sur le rôle des directions, les liens avec le MJCF, la formation des cadres et l’importance des ressources financières pour notre activité.