Introduction de Fabien Roussel au CN du 10/01/2026
Mes chers camarades,
(...)
J’en viens maintenant à quelques premières propositions d’objectifs que je verse au débat collectif en vue de notre 40ᵉ Congrès, qui se tiendra à Lille du 4 au 6 juillet prochain et dont nous lançons officiellement, avec ce Conseil national, la préparation.
Au regard des bouleversements du monde et de la situation du pays, mais aussi du calendrier national dans lequel ce Congrès trouvera sa place, le premier impératif, je crois, sera de nous exprimer avec une grande responsabilité et une grande clarté, afin de rendre lisible, pour le peuple tout entier, notre ambition pour la France et pour la République.
Le préalable, c’est — je crois — l’affirmation collective et partagée que nous sommes une force politique qui compte dans le pays, avec un projet politique global, et que nous voulons que ce projet soit mis en œuvre. Pas pour nous, pas pour défendre des intérêts personnels, mais pour le peuple, pour la jeunesse, pour la paix et pour la planète.
La France a de grands défis à relever. Une guerre impitoyable est menée contre la classe travailleuse. Nous sommes là pour porter ce combat. Adhérer au PCF, rejoindre le PCF, c’est contribuer à faire grandir les consciences par les luttes et à faire gagner ce projet.
C’est ce message de conviction, fondé sur l’utilité de l’engagement individuel et collectif au service d’une transformation concrète de la société, que nous devons affirmer et diffuser le plus largement possible.
Face à la montée de l’extrême droite et au danger de sa prise de pouvoir, nous devons revendiquer fièrement et clairement le rôle de notre parti : celui de conquérir le pouvoir pour reconstruire la France et la République, pour sortir du capitalisme et s’engager vers une société démocratique mettant l’être humain et la planète au cœur de ses priorités, vers le communisme.
Sans sacrifier les enjeux de court terme, nous devons proposer aux communistes un objectif de plus long terme, qui devra pouvoir se décliner à chaque étape et se mesurer à chaque élection.
Ce que nous devons mettre sur la table du débat démocratique devant tous les Français, c’est la double alternative que nous entendons incarner : alternative au capitalisme et alternative à l’extrême droite.
En rappelant d’abord à toutes et à tous que le PCF, ses députés, ses élus et ses ministres sont en responsabilité, représentés d’une façon ou d’une autre à tous les échelons du pouvoir depuis 1945, et que nous revendiquons toujours notre aptitude, notre ambition et notre légitimité à gouverner pour la France.
Parce que nous ne sommes ni un super-syndicat ni les porteurs d’eau de nos partenaires, l’ambition de notre parti pour les 15 à 20 prochaines années doit être la construction de l’Union du peuple de France : la conquête d’une majorité populaire, la conquête du pouvoir par les luttes, par une remontée de notre influence, pour gouverner avec et pour le peuple. Pas moins.
L’Union du peuple de France pour la conquête d’une majorité doit être l’ambition du Parti pour les 15 à 20 prochaines années.
Pour atteindre cet objectif, il nous faut analyser rigoureusement l’étape historique de la crise du capitalisme dans laquelle nous nous situons et appréhender les éléments indispensables à la structuration d’un bloc social historique capable de prendre le pouvoir et de transformer la société.
Je souhaite, dans cet objectif, que nous puissions évoquer, sans tabou, avec tous les communistes, l’ensemble des sujets qui traversent l’actualité et nourrissent régulièrement nos débats et nos controverses : clarté de notre expression à destination du peuple sur des sujets tels que la défense nationale, la mondialisation et la coopération, la production, l’indépendance nationale et l’Union européenne, les réseaux sociaux et l’IA, leurs impacts sur la démocratie, la laïcité, l’immigration, les mécanismes de financement de nos plans, le contrôle démocratique de l’argent, la démographie, la nature du projet communiste que nous voulons mettre en œuvre… Autant de sujets majeurs pour lesquels nous devons structurer notre argumentaire et partager collectivement nos analyses.
Affirmer cette ambition de l’Union du peuple de France, c’est accepter d’y consacrer individuellement et collectivement les moyens et l’énergie nécessaires ; c’est bâtir un projet solide, crédible, partagé et partageable ; c’est enfin mettre à niveau notre organisation, ses articulations, ses instances et ses processus de travail, à tous les niveaux.
Il n’y aura pas de rassemblement majoritaire de la classe travailleuse, pas de conquête des pouvoirs locaux ou nationaux, sans un PCF structuré, organisé et priorisant son action au service de cet objectif : la construction d’un rassemblement majoritaire du peuple.
Face à la pyramide des âges et aux nouvelles formes d’engagement militant, nous devons repenser notre fonctionnement et l’allocation de nos ressources, en mettant la question de l’organisation au cœur du travail de nos directions locales et nationales, afin de réenraciner la culture d’organisation qui a toujours fait notre force.
Un bilan rigoureux s’impose également pour nous fixer des objectifs crédibles et précis, inscrits dans une démarche stratégique collective et accompagnés de moyens partagés de suivi et de mise en œuvre.
Au-delà du travail d’organisation, ce 40ᵉ Congrès devra être l’occasion d’un bilan politique de l’action engagée depuis le précédent Congrès.
Notre parti a retrouvé toute sa place dans le paysage politique national. Il est présent dans des dizaines de milliers de villes, dans les conseils municipaux, départementaux et régionaux. Il est actif au Parlement — je salue Fabien Gay, sénateur de l’année — et dans les luttes, souvent à l’initiative. Il nous faut maintenant gagner en influence et progresser aux élections locales et nationales.
Nous devrons aussi analyser, lors de ce Congrès, nos forces et nos freins, en sortant du seul débat sur les alliances pour nous concentrer sur nos capacités à rassembler.
Les élections locales montrent que les communistes savent rassembler largement autour de projets progressistes, aussi bien dans les grandes villes que dans les territoires où l’extrême droite est forte. Ce que nous réussissons localement, nous devons le réussir nationalement.
Mes camarades,
Ce Congrès s’inscrit dans un moment de bascule marqué par l’arrivée au pouvoir de forces héritières du fascisme. Nous sommes leur ennemi, et elles nous ciblent clairement. Milei en Argentine, Trump aux États-Unis, Pavel en République tchèque : tous désignent leurs opposants de la même manière.
La recette, le vocabulaire et les objectifs sont les mêmes qu’il y a 90 ans. L’offensive idéologique de la droite et de l’extrême droite vise notamment la mémoire de la Résistance et l’héritage des grandes conquêtes sociales.
Nous demeurons la seule alternative historique à leur projet funeste.
C’est pourquoi je vous propose de réassumer, à l’occasion de notre Congrès, une ambition de résistance, de projet et de rassemblement à la hauteur de celle du CNR et des Jours heureux.
Mettons à l’ordre du jour un programme aussi ambitieux, écrit collectivement, et affirmons clairement notre objectif : empêcher l’extrême droite de prendre le pouvoir.
Chers camarades,
Ce 40ᵉ Congrès doit à la fois inscrire notre action dans le temps long et répondre aux enjeux immédiats. Il doit être celui où, avec Aragon, nous pourrons redire ensemble : « Mon parti, tu m’as rendu les couleurs de la France. »